Dans le jargon psychologique, “control freak” est un terme utilisé pour décrire une personne qui essaye par tous les moyens de contrôler tout ce qui se passe autour d’elle. Pour une control freak tout ce qui se déroule sous ses yeux doit être prévu, dirigé, remanié, pour atteindre un modèle de perfection imaginé dans sa tête. Et quand on lance une entreprise Dieu sait qu’il y a beaucoup de choses à prévoir, intégrer, digérer, coordonner! Les imprévus sont nombreux et incessants!

La control freak part du principe qu’avoir le contrôle sur tout, c’est réduire ses chances de souffrir d’au moins 98%. En contrôlant son environnement pense t-elle, elle augmente ses chances de voir ses plans se dérouler comme prévu. Au contraire, le résultat c’est qu’elle vit inévitablement dans un état de stress et de déception permanente parce que rien ne se passe jamais comme prévu, surtout en affaires. Et moins cela se passe comme prévu, plus elle tente d’augmenter le contrôle! La peur de l’échec motive ce besoin de pouvoir et de prévisibilité absolu et celui-ci est particulièrement fort chez les femmes. La peur et le sentiment d’insécurité sont pourtant deux grandes réalités de l’entreprenariat et comme ils sont toujours présents il est surtout impératif d’apprendre à vivre avec de manière à diminuer l’exercice du contrôle sur tout et tous!

Les dommages collatéraux du contrôle excessif

Une phase de lancement d’entreprise (ses trois premières années de vie) comporte son lot de stress qu’il faut viser à réduire au maximum. Non seulement le contrôle excessif est-il stressant pour la personne qui l’exerce mais il est encore plus perturbant pour les personnes qui l’entourent ou qui sont amenés à collaborer avec elle. Dès que d’autres personnes sont impliquées dans votre entreprise le stress se multiplie de façon très significative et dans certains cas extrêmes il devient même difficile de garder des employés ou des collaborateurs/trices. Un sentiment d’échec continuel est reflété par la personne control freak parce que ses exigences sont trop grandes ou pas assez claires et cela devient un obstacle majeur à la collaboration.

On se détend et on lâche prise!

Je sais, je sais, vous voulez que tout soit  parfait et bien fait, vous avez juste des standards élevés n’est-ce pas? C’est l’une des caractéristiques de l’entreprenariat féminin et cela peut être une force autant qu’une faiblesse d’avoir des standards élevés. J’aime aussi les belles choses et les choses bien faites mais pour ce qui est du contrôle j’ai tellement vu les dégâts que ça pouvait causer en entreprise, surtout en phase de démarrage, que j’ai lâché prise depuis longtemps (mes enfants se sont entre autre chargés de me l’apprendre dans les autres dimensions de ma vie…)!   En fait notre besoin de contrôler est directement proportionnel à notre incapacité d’exprimer clairement nos attentes et nos buts et directement proportionnel aussi au manque de clarté où à l’absence d’une feuille de route pour mener à bien notre entreprise.

Faute de savoir clairement où l’on s’en va cela nous place dans une état de confusion qui augment le désir de contrôle. Et faute de pouvoir exprimer clairement ses attentes à l’employé ou au collaborateur nous l’exprimons sommairement et la personne s’exécute à partir des informations qu’on lui donne. Sa façon de faire, évidemment non conforme à nos attentes, nous place en mode réactif pour corriger le tir. Ceci n’aurait pas été du tout nécessaire si on avait pu exprimer clairement nos attentes et nos attentes seraient elles, bien plus claires, si on savait où l’on s’en va. Pour vous aider donc à vous libérer de cette manie (si vous sentez que vous l’avez) qui ne contribuera en rien à votre succès, voici quelques pratiques à cultiver pour vous en défaire.

Prenez le temps de faire une feuille de route claire

Le manque de clarté est le principal problème sur lequel je travaille avec mes clientes. La plupart d’entre elles se sont lancées, portées par l’enthousiasme d’une idée, mais n’ont pas pris le temps de valider toutes les dimensions du projet et de s’assurer un alignement complet qui met vraiment la table à un succès. La plupart sont au volant d’une machine qui va vite, elles conduisent dans un épais brouillard sans  feuille de route ni GPS, en espérant atteindre un but qui n’est pas tout à fait clair. Si vous sentez que cela vous ressemble, prenez le temps de vous arrêter et de faire le point. Plus votre but sera clair, plus chaque pas que vous ferez vous en rapprochera. Votre besoin de contrôle est en lien direct avec cet épais brouillard. Vous faire accompagner dans cette étape vous facilitera les choses, cela vous permettra le recul dont vous avez besoin.

Capitalisez sur vos forces et compensez vos faiblesses

Les leaders les plus efficaces atteignent leurs objectifs en capitalisant sur leurs forces et en déléguant les tâches dans lesquelles ils/elles sont les moins habiles. Au début d’une entreprise nous sommes évidemment responsables de tout mais assez rapidement il est essentiel de déléguer les tâches qui nous rendent moins efficace. Dans mon cas je délègue facilement les tâches techniques que requièrent mes activités sur internet. Je n’y suis pas efficace, je préfère me concentrer sur le contenu. Identifiez vos forces, exercez votre contrôle à travers elles et lâchez prise là où vous êtes plus faible en déléguant certaines tâches. Autrement vous vous épuiserez et épuiserez les personnes qui vous entourent!

Choisissez soigneusement les mandats que vous déléguez

Prenez le temps qu’il faut pour choisir les personnes avec lesquelles vous souhaitez collaborer et identifiez clairement les mandats que vous souhaitez confier. Assurez-vous que la personne est prête pour effectuer ce genre de mandat, qu’elle a les connaissances et les outils nécessaires en lui posant des questions. Une fois cette personne choisie, accordez lui votre confiance! Cette personne a absolument besoin de cette confiance pour être en mesure de vous donner le meilleur d’elle-même. Ne tombez surtout pas dans le panneau d’expliquer à la personne que vous avez mandaté, parce qu’elle est une experte dans un domaine où vous n’êtes pas experte vous-même, comment elle doit faire son travail. Cette attitude met la table pour un mandat pénible, insatisfaisant et infructueux.

Passez des messages clairs

Prenez le temps de mettre sur papier le mandat que vous souhaitez confier, l’objectif à atteindre, le budget dont vous disposez, et offrez votre support pour répondre aux questions. Les attentes non-clairement exprimées amènent à des résultats mitigés et surtout un processus de réalisation stressant pour vous et pour votre collaborateur/trice. Assurez-vous dès le départ que vous vous comprenez bien et que vous êtes sur la même longueur d’onde. Déterminez avec cette personne à quel moment vous allez faire un retour pour lui donner votre feedback sur ce qui aura déjà été réalisé. C’est vous qui donnez le mandat, vous devez vous exprimer. Il faut juste trouver la juste mesure pour le faire.

Apprenez l’art du feedback

Offrez lui un feedback constructif en notant les aspects qui ont été réalisés qui sont positifs et ajustez le tir en fonction de vos attentes pour les aspects qui correspondent moins à votre vision. Soyez prête à modifier votre vision. Certaines contraintes liées au domaine d’expertise de la personne à qui vous avez confié un mandat empêchent peut-être que les choses ne se déroulent pas conformément à ce que vous aviez prévu. En ce qui concerne le web par exemple, c’est très fréquent. J’ai beau m’être fait une idée, elle n’est peut-être pas réalisable. Communiquez vos impressions en interpelant la personne à titre de complice de votre succès. Elle se sentira ainsi plus motivé à rejoindre vos attentes et plus libre d’exprimer sa créativité pour favoriser votre succès. Ouvrez-vous à la nouveauté et à la différence. L’intelligence collective donne de meilleurs résultats que l’intelligence individuelle. Voyez cette souplesse de votre part non comme une faiblesse mais comme un pilier de votre succès.

Cette façon de faire est aussi valable s’il s’agit d’un employé régulier.

Établissez le lundi matin, par exemple, les choses qui doivent absolument être accomplies durant la semaine et identifiez clairement les priorités auxquelles vous tenez. L’employé se sentira plus responsable de la gestion de son temps afin de répondre à vos attentes. Une erreur trop courante est ce que j’appelle « nourrir l’employé à la petite cuillère ». C’est-à- dire lui donner juste assez d’informations pour qu’il franchisse une étape dans ce que vous attendez de lui mais jamais la vision d’ensemble pour qu’il soit en mesure de poser des gestes intelligents. Cette façon de faire ne génère que de la frustration. Expliquez ce à quoi vous vous attendez en précisant le pourquoi, le quoi, le comment, le quand, le qui etc.

En bref essayez de transformez votre besoin de contrôle en un besoin de clarté, tout le monde y gagnera, vous la première! Rappelez-vous, la vie est une danse entre « faire arriver les choses » et les laisser se produire naturellement et dans l’aventure d’entreprendre nous sommes un émetteur, le résultat ne nous appartient pas toujours!

Qu’en pensez-vous? Je serais ravie de lire ce que cette réflexion a suscité chez-vous!

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